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Bulletin de l'AEFEK n°10


Septembre 2006

ISSN 1951-6584

Recherches en cours dans le delta du Mékong : le site de Oc Eo


  
Entre 1997 et 2002, la Mission Archéologie du delta du Mékong, coopération entre l’Institut méridional des Sciences sociales de Hô Chi Minh Ville et l’École française d'Extrême-Orient, avec l’appui de la Commission consultative des Recherches archéologiques à l’Étranger du Ministère des Affaires étrangères, a mené six campagnes de fouilles sur le complexe de sites de Oc Eo, du nom du site éponyme découvert par Louis Malleret. Depuis 2003, la mission procède à des activités dites de post-fouille : analyses en laboratoire, étude du matériel céramique, création d’un système d’information géographique pour la carte archéologique de la région de Oc Eo, rédaction de rapports, etc.
 

La découverte du Funan

Louis Malleret avait mené en 1944 sur ces sites une campagne pionnière de fouilles, suite à la découverte de nombreux objets précieux de facture ancienne sur le marché des antiquités. Situé dans ce que l’on nommait encore la Cochinchine, entre le bras occidental du delta du Mékong et le golfe du Siam, les sites de Oc Eo se répartissent entre une plaine inondable et les contreforts du petit mont Ba Thê. Marécageuse encore en 1944, cette région est aujourd’hui l’un des greniers à riz du Viêt Nam.

Cette première campagne a mis au jour des monuments en brique et en pierre et une multitude d’objets divers, parures et bijoux en or, en étain, en pierres semi-précieuses, de la céramique et, fait extraordinaire encore à l’époque, plusieurs monnaies romaines. Cet assemblage très diversifié classait d’emblée ce site parmi les plus productifs du premier millénaire de notre ère en Asie du Sud-Est. Des photos aériennes révélaient que le site urbain était entouré d’une enceinte de plan barlong, longue de 2,5 km, invisible au sol, traversée par d’anciens canaux qui la relient d’une part à la mer, et d’autre part à la ville ancienne d’Angkor Borei, en territoire cambodgien. Louis Malleret ne fera jamais de deuxième campagne de fouilles : la guerre coloniale, puis le conflit avec les États-Unis interdiront longtemps encore l’accès aux sites. Mais il publie néanmoins entre 1959 et 1963 un monumental ouvrage (L’archéologie du delta du Mékong), où il donne le rapport de la campagne de 1944, l’accompagne d’une patiente étude de tout ce qui a été recueilli dans quelque trois cents autres gisements du delta du Mékong et en tire une belle reconstitution de cette civilisation. Dès 1979, les archéologues vietnamiens reprennent le flambeau de l’étude de ce qu’ils nomment la « Culture de Oc Eo » : leurs travaux renforcent les conclusions de Malleret.

Il est désormais établi que ces vestiges émanent d’un État que l’on connaissait depuis le début du XXe siècle, à travers les seules sources chinoises, sous le nom de Funan. Cette première grande formation politique de la région contrôlait, entre le Ier et le VIIe siècles de notre ère, le sud de la péninsule Indochinoise, puis une partie de la péninsule Thaï-Malaise. Le Funan, système politique formé à la toute fin de la préhistoire, adoptera, à compter du IIIe-IVe siècle, nombre de traits culturels empruntés à l’Inde, avec laquelle les échanges économiques étaient déjà nombreux : religions (brahmanisme, bouddhisme), architecture monumentale et statuaire religieuses, écriture, idéologies politiques aussi.

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Pl. 1 – Carte de l’ouest du delta du Mékong : sites de Oc Eo et du Ba Thê et réseau ancien de canaux (carte H. David / EFEO)
 

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Pl. 2 – Le complexe Oc Eo / Ba Thê : localisation des fouilles, de l’enceinte et du canal principal (Photo aérienne IGN 1953, carte EFEO)
 



Les nouvelles campagnes de fouilles

C’est pour mieux comprendre le processus complexe de ces profondes transformations culturelles que la Mission archéologie du delta du Mékong a été mise sur pied. Il fallait établir une chronologie fiable, fondée sur des datations absolues, mesurer la part des échanges antérieurs avec l’Inde et la Chine, mesurer aussi les rôles respectifs des cultures locales et indiennes dans le processus d’urbanisation et de formation de l’État. On a aussi orienté ces recherches pour analyser le processus de structuration de l’espace urbain pendant la période du Funan, la part respective dans son économie des échanges maritimes et de l’exploitation agricole. On a tenté aussi de comprendre la transformation radicale du paysage opérée afin de contrôler, par le creusement de canaux, l’hydrologie d’une région sujette aux inondations annuelles : quelle part, dans les fonctionnement des canaux anciens, avaient le drainage, l’irrigation, le transport ?

Un éventail de sites, sur les pentes du mont Ba Thê et dans la plaine de Oc Eo, a été fouillé en vue d'obtenir les informations qui font aujourd’hui cruellement défaut pour l’interprétation des nombreuses données déjà disponibles, et pour leur comparaison avec des sites contemporains de l’Asie du Sud-Est. On a ainsi obtenu une séquence chronologique fondée sur l’étude solidement établie de la stratigraphie et confortée par une cinquantaine de datations par le 14C. Calées sur cette séquence, des typologies claires de familles de sites, de monuments et d'objets trouvés en contexte (en particulier de céramiques) sont aujourd’hui en cours de construction, qui devraient permettre de mettre de l’ordre dans le corpus de données accumulé depuis 1944, fort riche mais presque toujours coupé de son contexte archéologique. Après géo-référencement des photos aériennes prises dans les années 1950, on a enfin déterminé la position exacte et fouillé les structures (enceintes urbaines et canaux) connues jusque-là par la seule télédétection. Une étude géomorphologique et palynologique des sites fouillés et de leur environnement a parallèlement été menée pour atteindre à une meilleure connaissance du paléoenvironnement de la zone, et donc à une meilleure compréhension du mode de subsistance des populations concernées [1].


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Pl. 3 – Fouille du tertre de Go Oc Eo (2001) : pilotis de maison daté de la Phase I (photo EFEO)
 



Premières conclusions

S’il est trop tôt, avant que tous les résultats des analyses en cours ne soient connus, pour tirer des recherches entreprises des conclusions fermes, du moins peut-on déjà présenter ici quelques-uns uns des résultats obtenus à ce jour.

On a dégagé une séquence chronologique longue d’environ une douzaine de siècles (Ier – XIIe siècles EC). Les sept premiers siècles concernent l’histoire du Funan, principal objet d’étude de la mission. Les sites fouillés peuvent désormais être regroupés en trois principales phases archéologiques.

Pendant la Phase I de l’histoire du Funan (Ier – IIe/IIIe siècles EC), on assiste à la première occupation des sites de la région de Oc Eo. La plaine deltaïque y est déjà entièrement édifiée, bien que la position exacte du littoral, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Oc Eo, reste à préciser par des analyses sédimentologiques, faunistiques et floristiques. On assiste à la première occupation humaine des tertres hors d'eau dans la plaine de Oc Eo et sur les basses pentes du mont Ba Thê : l’habitat est en bois, sur pilotis, et certains bâtiments sont recouverts de tuiles plates en terre cuite. La sépulture en jarre, traditionnelle dans l’Asie du Sud-Est de la préhistoire tardive et de la protohistoire, est encore pratiquée. Les échanges avec l'Inde et l'Asie du Sud-Est sont déjà réguliers. C’est à la fin de cette phase que commencent à être creusées les douves de l’enceinte urbaine. L’absence de vestiges de monuments religieux notables et de toute statuaire brahmanique ou bouddhique indique cependant que le Funan n’est pas encore « indianisé ». C’est aussi de la fin de cette première phase que date le creusement du réseau hydraulique, en particulier du grand canal qui coupe la ville en deux et la relie à la mer, au Mékong et au site d’Angkor Borei, à quelque soixante-dix kilomètres en amont. Il permet le drainage de la plaine et l’occupation de celle-ci pour l’habitat, à l’intérieur des douves marquant le périmètre urbain. La culture du riz est attestée par les traces de cette graminée servant de dégraissant des poteries et des briques.

Pendant la Phase II de l’histoire du Funan (IVe – VIIe siècles), l’habitat en bois sur pilotis bascule des tertres vers la plaine inondable et vers les basses pentes du mont Ba Thê. La construction sur les tertres de la plaine de Oc Eo et sur les flancs du Ba Thê de monuments religieux vishnouites et bouddhiques et leur statuaire attestent désormais de l’indianisation du pays. Les échanges se développent avec l’Inde, l’Asie du Sud-Est, et aussi avec la Chine à partir du Ve siècle.

La Phase III (périodes préangkorienne et angkorienne, VIIe – XIIe siècles) suit la disparition du Funan, au bénéfice des premières manifestations de systèmes politiques qui déboucheront sur la formation de l’État khmer. On assiste à l’abandon des sites d'habitat et religieux de la plaine de Oc Eo et, semble-t-il, au colmatage du réseau hydraulique. La construction de monuments religieux sur les seules pentes du mont Ba Thê indiquent des liens avec l’État angkorien. Mais le delta n’est plus alors qu’une simple périphérie, le centre de gravité de la région s’éloignant de la côte, pour s’approcher progressivement du site de la future cité d’Angkor, loin à l’intérieur des terres.


Pierre-Yves MANGUIN 
Directeur d’études à l’École française d'Extrême-Orient  [2]

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(1). L’étude paléoenvironnementale du site est effectuée en collaboration avec l’Institut pour le Développement du delta du Mékong (Hô Chi Minh Ville), avec le Laboratoire de Palynologie du Centre d'Études Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge (CNRS-Sophia-Antipolis), avec le Centre d’Études et de Recherches géologiques (CNRS-Université Aix-Marseille) et avec le Département de Géographie de l’Université de Liège.
(2). Il co-dirige la Mission Archéologie du delta du Mékong avec Dao Linh Côn, de l’Institut des Sciences sociales de Hô Chi Minh Ville.  


Bibliographie
 
Bourdonneau, E., « The ancient canal system of the Mekong Delta. A Preliminary Report », in A. Karlström & A. Källén (éd.), Fishbones and Glittering Emblems. Southeast Asian Archaeology 2002. Stockholm: Museum of Far Eastern Antiquities, 2004, sous presse.

Dao Linh Côn, « The Oc Eo burial group recently excavated at Go Thap (Dong Thap Province, Viêt Nam) », in P.-Y. Manguin (éd.), Southeast Asian Archaeology 1994 : Proceedings of the 5th International Conference of the European Association of Southeast Asian Archaeologists, Paris, October 1994. Hull: University of Hull, Centre of Southeast Asian Studies, vol. 1, p. 111-117.

Khoo, C.M. James (ed.), Art & Archaeology of Fu nan, Pre-Khmer Kingdom of the Lower Mekong Valley. Bangkok : The Southeast Asian Ceramic Society, Orchid Press, 2003.

Lê Xuân Diêm, Dao Linh Côn et Vo Si Khai, Van hoa Oc Eo: nhung kham pha moi [La culture de Oc Eo : Quelques découvertes récentes]. Ha Nôi : Viên Khoa Hoc Xa Hoi tai Thanh Phô Hô Chi Minh, 1995.

Malleret, L., L'archéologie du Delta du Mékong. Paris : École française d'Extrême-Orient, 1959-63, 4 tomes en 7 vols.

Manguin, P.-Y. & Vo Si Khai, « Excavations at the Ba Thê / Oc Eo complex (Viêt Nam): A preliminary report on the 1998 campaign », in W. Lobo (éd.), Southeast Asian Archaeology 1998.- Hull/Berlin : University of Hull, Centre for Southeast Asian Studies / Ethonologisches Museum, Staatlich Museen zu Berlin, 2000, p. 107-122.




A SIGNALER
 


- Grégoire Rochigneux (sous la direction de  ) : Cambodge soir, chroniques sociales d'un pays au quotidien. Bangkok : IRASEC; La Courneuve : Aux lieux d'être; Phnom Penh : les Éd. du Mékong, 2005, 222 p.

Crée en 1995, le quotidien francophone Cambodge soir dresse depuis une décennie la chronique du royaume khmer, relatant les péripéties politiques locales sans compter les tiraillements, les blessures et les espoirs d’une société soumise à plus de trois décennies de tensions mortifères. Fondé sur une sélection d’articles des dix années écoulées et avec le souci de fournir aux lecteurs un appareil critique (références bibliographiques, notes d’introduction pour chaque thématique, glossaire), l’ouvrage dirigé par Grégoire Rochigneux brosse un portrait du Cambodge actuel à travers cinq questions centrales : le traumatisme khmer rouge, la pauvreté, le problème foncier, la place des croyances et du divin, la jeunesse et ses attentes. De lecture aisée (le quotidien est essentiellement lu par les expatriés, les fonctionnaires et les étudiants khmers francophones), on ne saurait pourtant que trop conseiller aux khmérisants  - historien, anthropologue, sociologue – de lire ces Chroniques tant la centaine d’articles sélectionnés recèle une multitude d’informations sur les ressorts endogènes d’un pays qui tente de se reconstruire. ]

 


ZOOM SUR UN KHMERISANT


Etienne AYMONIER (1844-1929)



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L'AEFEK propose à ses internautes de (re)décourvir un des premiers acteurs des études khmères à travers une nécrologie détaillée de George Cœdès parue dans le BEFEO de 1929. 

Quelques repères marquants :

- Etienne Aymonier arrive à Saïgon le 19 octobre 1869 comme sous-lieutenant d'infanterie de marine.

- En 1871, il est détaché comme  Inspecteur des Affaires Indigènes de la région de Travinh, une terre khmère (Preah Trapeang) passée quelques décennies plus tôt dans l'orbite vietnamienne. Pour la première fois, il se trouve en contact prolongé avec ce peuple cambodgien, avec sa langue, sa culture.

- Le 1° avril 1873, il est nommé adjoint au représentant du Protectorat au Cambodge (qui est alors Jean Moura, autre échantillon de cette lignée d'officiers-administrateurs passionnée par l'histoire et la culture khmères).

-  Lieutenant (hors classe) en 1874. Il a acquis dès cette époque une connaissance suffisante du cambodgien pour se voir confier l'enseignement de cette langue au Collège des administrateurs stagiaires à Saïgon. Directeur du Collège des Stagiaires (1877-1878).

- Représentant du protectorat français au Cambodge (janvier 1879-à mai 1881).

- Résidant à Phnom Penh, Etienne Aymonier poursuit l'exploration d'Angkor commencée par le lieutenant de vaisseau Delaporte et le docteur Harmand. En 1881, il est chargé d'une mission archéologique et épigraphique dans des secteurs encore inconnus. Dans les années qui suivent, il collabore avec la mission Pavie au Cambodge et en Annam : il recueille de nouvelles inscriptions khmères et de nombreux spécimens de sculptures pour le musée Guimet.

- Il rentre définitivement en France vers 1888.


George Cœdès, " Etienne-François AYMONIER", BEFEO XXIX, 1929 : 542-548.
Taille : 693 ko
 


Rythme cyclique des manifestations cultuelles bouddhistes au Cambodge
 


Makha Puja

Février : Commémoration des Quatre Grands Rassemblements

Les fidèles se réunissent pour commémorer les grands événements survenus du vivant du Bouddha comme la Mise en branle de la Rou­e de la Loi (Bouddha-Dhamma) par le Bienheureux devant 1250 disciples (arahats) réunis le jour de la pleine lune du mois de Makha (3° mois du  calendrier lunaire).
 
Nouvel An

Du 13 au 15 avril : la fête du Nouvel An dure trois jours.

C'est l'occasion pour le peuple cambodgien de célébrer la nouvelle année dans la joie et la fraternité.
 
Visakha Puja

Mai : Triple Commémoration de la Naissance, de l’Illumination et du Parinibbana (Extinction complète) du Bouddha (6° mois du calendrier lunaire).
 
Une cérémonie hautement symbolique pour tous les bouddhistes du monde. Les fidèles se rendent dans les temples pour écouter les sermons. Ils font des offrandes pour commémorer les Grandes Vertus et Compassions du Bouddha.
Le soir, d’impressionnantes processions religieuses aux chandelles illuminent les temples et pagodes ainsi que les autres lieux sacrés.

Chaul Preah Vassa

Juillet: Entrée de la Retraite des pluies (ou Carême bouddhique).

Les moines se retirent dans les monastères pendant la saison des pluies qui dure en général trois mois afin de méditer et d'étudier les textes sacrés.
 
Pchum Bend

Octobre-Novembre: Quinzaine des défunts.

C'est la période où les fidèles durant 15 jours célèbrent les cérémonies  religieuses à la mémoire de leurs ancêtres et parents disparus.
 
Cheng Preah Vassa et Kathina

Novembre : Sortie de la Retraite des pluies et Offrandes des robes aux  moines.

Les fidèles offrent des robes monastiques et des biens de première nécessité aux moines à leur sortie de la Retraite des pluies.

[Texte extrait d'un fasicule sur le Vatt Khémararam]

 

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